Racim Benyahia. Auteur et dessinateur de Constantine 1836 : Je suis resté fidèle aux écrits et aux récits de la première bataille

Elwatan; le Vendredi 5 Aout 2016
127211


Pourquoi avoir choisi d’illustrer en BD cet épisode de l’histoire de Constantine ?

Plusieurs raisons m’ont poussé à m’intéresser à ce moment des plus importants de l’histoire de l’Algérie, à l’instar du combat honorifique de l’Emir Abdelkader à l’Ouest. La lutte acharnée de Ahmed Bey dans le Grand Constantinois contre le colonisateur français mérite aussi d’être prise en considération. Mettre en évidence Constantine qui était une ville réputée pour sa culture, ses savoirs et ses diverses traditions, et donc une manière pour moi de briser les stéréotypes d’une Algérie précoloniale présentée comme une contrée sauvage. Ou encore faire connaître une des glorieuses pages de l’histoire de Constantine, et laisser le lecteur visiter les ruelles de la M’dina et de son site naturel unique en son genre.

On retrouve dans les planches des éléments du palais d’Ahmed Bey aujourd’hui : la porte par exemple, ou encore la posture du dey dans son fauteuil. On devine que vous vous êtes inspiré du palais aujourd’hui. Avez-vous aussi travaillé sur des documents historiques ?

J’ai commencé tout d’abord par une sérieuse documentation sur cette époque, aussi bien sur les personnages historiques que sur les tenues vestimentaires et l’architecture, à l’exemple du palais du Bey, avec la ferme intention de mettre en évidence la richesse de ce patrimoine qui existe bien avant la prise de Constantine. Je suis resté fidèle aux écrits et aux récits de la première bataille, tout en intégrant des personnages fictifs et leurs actions qui vont dans le sens de l’histoire de Constantine 1836.

La BD, qui met en avant le travail graphique sur l’histoire, comprend peu de textes. Pourquoi ce choix ?

Quelques planches comportent effectivement peu de texte, voire sont muettes, ceci donne un rythme varié à l’histoire, et parfois l’image est plus parlante que le texte. Je trouvais plus intéressant de raconter et de décrire certaines situations plus par l’image que par le texte. Cela me donnait la liberté d’exprimer mes ressentis sur certaines atmosphères de cette époque. Et c’est une manière de laisser chaque lecteur aller à son propre rythme de lecture sans pour autant être trop enchaîné aux dialogues. Mais la BD n’est pas moins dépourvue de texte. Le fait qu’elle soit écrite en arabe et plus précisément en derja constantinois donne une dimension fidèle à l’histoire. Le lecteur sera aidé à l’aide d’astérisques pour expliquer certains mots ou expressions idiomatiques de la ville.

Graphiquement, quelles sont vos sources d’inspiration, dans le dessin mais aussi dans la musique, le cinéma et la littérature ?

Pour le dessin, je dirai que pour cette BD, je me suis naturellement inspiré des Orientalistes, à l’exemple de Charles-Guillaume Brun qui, à mon sens, a su dégager l’âme de Constantine à travers son architecture et ses personnages. A propos de la musique, tout dépend de mon humeur, mais je suis davantage porté vers le hard rock et le metal, qui donnent un certain dynamisme et vivacité dans mes dessins.

Si je devais donner un nom d’un groupe ? Rammstein ! Dans la composition des planches, j’ai vraiment essayé de donner un côté «cinéma» à la manière d’un metteur en scène. J’aime l’approche du réalisateur Takeshi Kitano, des personnages dans ses films qui dégagent des airs à la fois détachés mais très intimistes.

En ce qui concerne mes références littéraires, j’ai toujours été sensible aux romans d’Amine Maalouf, qui combine merveilleusement l’histoire et le récit. Mais le livre «déclencheur» qui m’a poussé à réaliser ma BD est sans aucun doute celui de Nassreddine Guenifi Ahmed Bey l’Algérien, grâce auquel j’ai pu découvrir toute la dimension de cet illustre personnage.

Le Fibda a beaucoup fait pour le renouveau de la BD en Algérie. Comment se porte-t-elle aujourd’hui  ? Que lui manque-t-il ? Qu’a-t-elle que les autres pays arabes n’ont pas ?

Le Fibda a su replacer la bande dessinée sur son piédestal en Algérie et à encourager de jeunes auteurs de bande dessinée algériens, dont je fais partie. J’espère que le festival pourra forger sa propre personnalité et deviendra la référence pour le Maghreb, le monde arabe et même pour l’Afrique.
Racim Benyahia

Ce Constantinois de 28 ans, diplômé de l’Ecole des beaux-Arts de Constantine, spécialiste en communication visuelle, a travaillé comme graphiste designer avant de se consacrer à sa première BD.
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Mélanie Matarese

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..